Par Lamartine

Le Chrétien mourant

Qu’entends-je ? autour de moi l’airain sacré résonne !
Quelle foule pieuse en pleurant m’environne ?
Pour qui ce chant funèbre et ce pâle flambeau ?
O mort, est-ce ta voix qui frappe mon oreille
Pour la dernière fois ? eh quoi ! je me réveille
Sur le bord du tombeau ?

O toi ! d’un feu divin précieuse étincelle,
De ce corps périssable habitante immortelle,
Dissipe ces terreurs : la mort vient t’affranchir !
Prends ton vol, Ô mon âme ! et dépouille tes chaînes.
Déposer le fardeau des misères humaines
Est-ce donc là mourir ?
Oui, le temps a cessé de mesurer mes heures.
Messagers rayonnants des célestes demeures,
Dans quels palais nouveaux allez-vous me ravir ?
Déjà, déjà je nage en des flots de lumière,
L’espace devant moi s’agrandit, et la terre
Sous mes pieds semble fuir !

Mais qu’entends-je ? au moment où mon âme s’éveille,
Des soupirs, des sanglots ont frappé mon oreille ?
Compagnons de l’exil, quoi ! vous pleurez ma mort ?
Vous pleurez ! et déjà dans la coupe sacrée
J’ai bu l’oubli des maux, et mon âme enivrée
Entre au céleste port !

*** Gen ***
Lamartine – Numéro 1105
Publié dans Le destin 29/10/2019

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