Ponce Pilate – Acte I – SCENE III à XII


DIFFUSION

LISTE DES PERSONNAGES

 

PONCE PILATE, gouverneur (1) de Judée.
PUBLIUS, son secrétaire.
CLAUDIA PROCULA, épouse de Pilate.
CECILIA,  sa suivante.
ABENADAR, officier romain(2).
CASSIUS, officier romain(3).
LICTEURS, BUCCINATEURS, SOLDATS ROMAINS.

 

HERODE (ANTIPAS), tétrarque de Galilée.
CAÏPHE, grand prêtre du Temple de Jérusalem, membre « majoritaire » du Sanhédrin ou Grand Conseil Juif.
JOSEPH D’ARIMATHIE, membre « minoritaire » du Sanhédrin.
NICODEME, membre « minoritaire » du Sanhédrin.
BARABBAS, brigand.
GARDES ET MANIFESTANTS JUIFS.

 

LE SEIGNEUR JESUS-CHRIST(4).
MARIE, sa mère.
PIERRE, chef des apôtres.
JEAN, apôtre.
LAZARE , disciple de Jésus.
(MARIE) MADELEINE, sa sœur(5).
LA VOIX D’UN AGE.

 

Acte I – scène III

ACTE I

Ponce Pilate, Notre Seigneur Jésus-Christ ; sur le seuil, Abenadar et Cassius ; un moment, Publius.

SCENE III : 

PILATE

Parleras-tu, Jésus ? Tu n’as rien objecté
au prêtre qui s’acharne à te persécuter.
Le verdict qui te frappe et qui te terrorise
ne s’exécutera que si je l’autorise.
Si tu veux vivre, il faut répondre à mes questions
sans me dérober rien de ta situation

(début de citation. Passage du vers à la prose)
« Es-tu le roi des Juifs ?

NSJC

MA ROYAUTE NE VIENT PAS DE CE MONDE. SI MON ROYAUME ETAIT DE CE MONDE, MES TROUPES AURAIENT COMBATTU POUR QUE JE NE TOMBE PAS AUX MAINS DES JUIFS. MAIS JE TE LE DIS EN VERITE : MON ROYAUME N’EST PAS D’ICI-BAS.

PILATE

Ainsi donc, tu es roi ?

NSJC

JE SUIS NE, JE SUIS VENU DANS LE MONDE POUR RENDRE TEMOIGNAGE A LA VERITE. TOUT HOMME QUI APPARTIENT A LA VERITE ECOUTE MA VOIX.

PILATE

Qu’est-ce que la vérité ? » 14
(fin de citation. Retour de la prose au vers)
(Pilate se détourne du Christ et parcourt nerveusement la terrasse. En revenant, à part)

Personne en sa faveur ici ne se soulève.
Etrange royauté sans apparat ni glaive !
Ni Rome ni César ne sauraient s’alarmer
de cette vérité qu’il ose proclamer.
(à Jésus)
Je ne retiendrai pas contre toi le blasphème
dont Caïphe et les siens font sujet d’anathème.
L’ordre public est sauf, et cela me suffit.
Mais je ne comprends pas ta cause et ton défi.
Tu parais te résoudre au plus affreux supplice
et marcher à la mort ainsi qu’au sacrifice.

NSJC

C’est pour toi que je meurs, et pour l’humanité.
Il faut que mon amour passe sa cruauté.
Je souffre et cependant mon triomphe consomme :
la puissance de Dieu n’est pas celle des hommes.

PILATE, à part.

Son mystère profond laisse désemparé.
Il ne se défend pas comme je l’espérais.
(nouvel aller-retour à la terrasse)
Contre son propre roi cette foule s’agite.
Un groupe de furieux la travaille et l’excite.
(regardant Jésus)
Or je dois le sauver, puisqu’il est innocent.
Cherchons à contrarier leur vengeance et leur plan…
(au Christ)
Es-tu Galiléen ?

NSJC

Je suis sujet d’Hérode.

PILATE, à part

Pour me couvrir, voici la plus sûre méthode !
Le tétrarque est ici : La Pâque le requiert.
(il fait un signe à Abenadar, qui sort un instant
et revient avec Publius, auquel Pilate dicte le
message suivant)

« Cher Hérode, oublions nos différends d’hier13.
On me donne à juger Jésus de Galilée.
Le Sanhédrin est lourd de haine accumulée.
Comme votre sujet, pour moi, est innocent,
je m’en rapporte à vous pour épargner son sang ».
(il appose sa marque sur le rouleau, congédie le secrétaire et réintroduit Caïphe et les gardes juifs)

SCENE IV :

Les mêmes, Caïphe, gardes juifs.

PILATE, confiant le parchemin à Caïphe.
Je ne trouve en Jésus nulle trace de crime.
Je l’envoie à Hérode, à qui va mon estime.

CAÏPHE, se ressaisissant de Jésus.
Pilate, croyez-vous bien servir l’empereur ?
Puissent bientôt vos dieux vous convaincre d’erreur !
(il part rageusement avec le Christ et ses soldats)

SCENE V :

Ponce Pilate ; sur le seuil, Abenadar et Cassius.

PILATE, se tournant vers l’autel
Mes dieux ! De tous côtés mon âme est entraînée.
J’ai hâte que finisse une telle journée,
mais ne sais si la guerre ou la paix prévaudra
quand la Pâque des Juifs ici s’achèvera.
(entre Claudia Procula)

SCENE VI :

Les mêmes, Claudia Procula

CLAUDIA

Je vous revois, Pilate, et Jésus n’est pas libre !
Pensez-vous que le vrai et le faux s’équilibrent
et qu’un combat se gagne à être différé ?
Il est temps de juger, non de délibérer.

PILATE

Ce n’est pas sans dessein qu’ainsi je temporise :
la division des Juifs est tout ce que je vise.
A ma juste requête Hérode accédera.

CLAUDIA

Hérode est un renard, doublé d’un scélérat.
Il ne vous aime pas, et supporte à grand’peine
qu’un tuteur étranger le contrôle et le freine.
Il pourrait à vous nuire oser s’aventurer
en ne soutenant pas Jésus défiguré.
Ne vous souvient-il pas de ce rude prophète
qu’il fit décapiter dans l’émoi d’une fête :
ce Jean dit le Baptiste…

PILATE, protestant.

Il en a le remords
et Jésus le fascine et l’impressionne fort.
Si le Nazaréen d’un miracle l’honore,
il le gratifiera d’une nouvelle aurore.
Hérodiade elle-même en perdra son pouvoir
et j’aurai accompli, grâce à lui, mon devoir.

CLAUDIA

Vous remettez le sort du maître de la terre
à votre plus intime et perfide adversaire !
Vous hasardez beaucoup. Mais si vous échouez,
si l’avenir s’obstine à vous désavouer,
si bien qu’il n’ait commis ni blasphème ni crime,
Jésus de cette Pâque est l’injuste victime,
craignez que votre anneau n’éclaire plus mon doigt
et que nous nous voyions pour la dernière fois !
(elle sort)

SCENE VII :

Ponce Pilate, Abenadar, Cassius.

PILATE, à part.

Vous qui me soupçonnez d’être un lâche ou un traître,
avez-vous affronté, comme moi, le grand prêtre ?
Avez-vous mesuré l’âpreté du combat,
défendu ce Jésus, qui ne se défend pas ?
(après avoir parcouru, une nouvelle fois, la terrasse)
Avez-vous vu monter la plèbe qui fermente,
l’émeute que l’argent des Pharisiens fomente
pour imposer la mort de ce Galiléen ?
Rome doit-elle unir son intérêt au sien ?
(se débattant)
Pardonnez-moi, Claudia : le doute m’accapare…
(après réflexion)
Si Hérode me lâche, il faut que je prépare
une nouvelle issue…
(il appelle ses officiers auprès de lui)
Abenadar, c’est vous
qui avez capturé cet homme aux yeux de loup,
ce magicien pervers, cet éventreur de femmes
qui, tandis qu’un quartier était livré aux flammes,
y perpétra un meurtre et bien d’autres méfaits…
Quel est son nom déjà ?

ABENADAR

Barabbas15.

PILATE

En effet !
S’il inspire l’horreur, il peut nous être utile.
Assurez-vous de lui.
(départ d’Abenadar et de Cassius)
La manoeuvre est subtile…
Par Hérode ou par elle, enfin, Jésus vivra.
Pilate, dira-t-il, des Juifs me délivra.

(changement de décor. La terrasse du jugement occupe à présent toute la scène, face au public qui tient la place de la foule, de manière à se sentir à la fois menacé par les pulsions grégaires et impliqué dans la responsabilité de la passion de Christ.
Sur un trépied sont posés les insignes de la dignité de Pilate. On distingue également un bassin pour les ablutions et des aigles romaines.
Des licteurs, des buccinateurs (joueurs de trompettes militaires), le secrétaire, des officiers (Abenadar, Cassius) et des soldats entourent Pilate. Leur tension doit être visible, face à une foule qu’ils redoutent de ne pouvoir contenir).

SCENE VIII :

Ponce Pilate, Notre Seigneur Jésus-Christ, Barabbas, fonctionnaires et soldats romains, manifestants juifs (disséminés dans le public).
(Pilate et Jésus, renvoyés par Hérode, s’avancent vers le devant de la scène. A l’arrière-plan, on devine Barabbas, enchaîné entre deux soldats)

PILATE triomphant

Hérode à mon avis lui-même se rallie.
Jésus nous apitoie et nous réconcilie16.
(murmures réprobateurs dans l’assistance)
Rien de ce qu’il a fait n’a mérité la mort
et le tétrarque à moi s’en remet de son sort.
(nouveaux murmures)
Rome ne juge pas sans motif et sans preuve.
Jésus de Nazareth est sorti de l’épreuve.
Vous devez l’acquitter. N’a-t-il pas trop souffert ?
(des cris « A mort ! » commencent à fuser et à s’amplifier. A part)
Hérode me nuit plus, hélas ! qu’il ne me sert…
(jouant son va-tout)
La coutume, à la Pâque, est que je vous libère
un de nos prisonniers. Ainsi le veut Tibère.
(il fait signe aux soldats d’amener Barabbas sur le devant de la scène)
A ma droite, Jésus, roi des Juifs, innocent ;
Barabbas à ma gauche, un criminel de sang. Lequel choisissez-vous ?
(une voix grêle, héroïque mais solitaire, répond : « Jésus de Nazareth ! » Pilate sourit et adresse un geste discret, de côté, à quelqu’un qu’on ne voit pas, mais qu’on devine être Claudia Procula, Implorant)
Un peu plus d’énergie !
C’est de vous que j’attends la justice et sa vie.
(lourd silence, puis)

LES MANIFESTANTS

Barabbas ! Barabbas !
(la rumeur s’enfle et devient universelle)

PILATE, aux soldats

Délivrez Barabbas !
(aussitôt délié, celui-ci fait un bras d’honneur en direction des Romains et se perd parmi les spectateurs. A part.)
Ma police humiliée !
(tourné vers Jésus)
Et Lui ne parle pas !
Lui, dont tout le parcours est semé de prodiges,
s’abandonne au trépas que cette foule exige !
S’il la bravait pourtant, Rome serait pour lui.
Mais quoi ! Même les siens se taisent ou ont fui,
désarmés comme moi par son affreux silence.
Àlors que seul, j’affronte une telle violence,
il manque à son destin ! N’est-ce pas criminel ?
(il lève le bras et fait sonner de la trompette)
Jésus sera puni, en ce jour solennel,
par cent coups de fouet sur la place publique !
Et que l’ordre revienne, et que la loi s’applique.
(baisser de rideau, pendant lequel on n’entend plus que le sifflement des fouets et les hurlements sauvages des bourreaux).

SCENE IX :

les mêmes, moins Barabbas, puis Caïphe.

(des soldats traînent Jésus devant Pilate. Le Christ est à présent couronné d’épines et vêtu d’un manteau écarlate)

PILATE

« Ecce homo ! »
(le gouverneur savoure un instant l’effet produit par un spectacle aussi lamentable. Profitant d’une accalmie dans les murmures et les imprécations)
Jésus, pour la dernière fois,
arbore le diadème et la pourpre d’un roi.
S’il aspira jadis à régner en Judée,
son espérance est morte et sa coupe vidée.
Laissez-le donc aller, ce châtiment suffit.
Il n’a rien fait de mal, je vous l’ai déjà dit.
(un formidable hourvari accueille ces paroles. Les cris « A mort ! », « Crucifie-le ! » retentissent de plus belle. Soudain, le grand prêtre Caïphe se porte au premier rang de l’assistance, la prenant à témoin, puis apostrophant Pilate)

CAÏPHE, au public

Ô peuple d’Israël, est-il pire imposture
que Dieu prostitué par une créature ?
Le Messie annoncé n’est pas encor venu
et ne peut en Jésus être ici reconnu17.
Il ne reste de lui qu’un insigne blasphème.
Les Juifs qui l’ont suivi sont en péril extrême.
(à Pilate)
Les Anciens ont traité ce dossier comme il faut.
Vous n’avez à juger ni le vrai ni le faux.
Puisque Rome a voulu, dans son omnipotence,
que son sceau donne force à de telles sentences,
nous respectons son droit. Respectez notre Loi,
puisque Israël est libre en matière de Foi.

PILATE, levant le bras.

Il n’est pas temps encor. Qu’on dégage la place !
Que Pilate et Jésus soient laissés face à face.
(Les soldats romains se portent sur le devant du théâtre et repoussent Caïphe sans ménagement. Le rideau s’abaisse un instant. Quand il se relève, il n’y a plus sur la scène que le Christ et le gouverneur)

SCENE X :

Ponce Pilate, Notre Seigneur Jésus-Christ.

PILATE

Es-tu un homme, es-tu un dieu, es-tu un roi ?
Jésus de Nazareth, de grâce, réponds-moi.
Moi seul ai le pouvoir de te rendre à la vie
ou de signer l’arrêt pour qu’on te crucifie18.

NSJC

(début de citation, Passage du vers à la prose)

« TU N’AURAIS AUCUN POUVOIR SUR MOI S’IL NE T’AVAIT ETE DONNE D’EN HAUT. C’EST POURQUOI CELUI QUI M’A LIVRE A COMMIS UN PECHE PLUS GRAVE. »19

(fin de citation. Retour de la prose au vers)

PILATE

Je le tiens de César, ce pouvoir souverain

NSJC

A mon Père César ne doit-il pas le sien ?

PILATE

Distingué par Auguste, il le doit au génie
qui brille dans des lois que chacun nous envie.

NSJ

D’un ordre supérieur elles sont le reflet
ou ne méritent pas l’éloge qu’on en fait.

PILATE

Cet ordre, quel est-il ?

NSJC

La volonté du Père,
hors de laquelle il n’est que l’égal arbitraire
du tyran dont la force est le seul argument
ou de la foule prompte à suivre qui lui ment :
« vox populi » douteuse et bien mal assurée
si quelque vérité s’est par moi déclarée.

PILATE

De sa fureur, ici, je cherche à te sauver.

NSJC

Tu prendras place aussi parmi les réprouvés.
Moi seul suis le Sauveur, mon heure est arrivée
et ma marche à la Croix ne peut être entravée.

PILATE, avec toute la passion des Anciens pour la divination.

Dans le Livre des Juifs lirais-tu mon destin ?
S’il est vrai que mon sort repose entre tes mains,
quel hasard m’a du tien établi responsable ?
T’ai-je déjà jugé, pour être punissable ?

NSJC

L’Ecriture est muette au sujet des Romains,
mais Rome et sa puissance existent pour demain.
Quant à toi, ton passé voué à ta carrière
entre le Ciel et toi élève une barrière.
Je t’ai vu, pour gravir les marches du pouvoir,
recourir à l’intrigue au mépris du devoir.
Tu trompas Metellus et, par la calomnie,
as fait bannir Strator jusqu’en Lusitanie 20...

PILATE, à part.

Prophète, il est, sans doute et témoin fort gênant !
(au Christ)
Puis-je être pardonné ? Que faire maintenant

NSJC

Les Anciens d’Israël, rejetant la Lumière,
ont déserté le rôle imparti par mon Père.
Avec le petit reste attentif à ma voix,
il va renouveler l’univers par la Foi.
Avant cela, l’épreuve est au bout de la route.
Si tu me suis, Pilate, apprends ce qu’il en coûte :
ne crois pas que le Mal, si tu me délivrais,
devant l’aigle romaine ainsi désarmerait.
Nous serions déchirés par la foule qui gronde,
au jour fixé depuis l’origine du monde !
Moi, dont s’accomplirait la mission qui m’échoit,
toi, par ce sacrifice ayant part avec moi !
Es-tu prêt ?

PILATE, épouvanté.

A périr ?

NSJC

a entrer dans mon règne.
Après la mort, il n’est plus rien qui nous atteigne
et la splendeur du Père enfin te ravira !

PILATE, après un rapide calcul.

Je préfère survivre, encore, à ce prix-là
et te remettre aux Juifs !

NSJC

Tu as choisi, Pilate.
N’accuse pas le Ciel si demain ne te flatte.
Je te vois disgracié, traînant en divers lieux
le poids d’un lourd exil. Ni un fleuve fougueux 21
ni un lac où les monts plongent leurs pentes raides 22
ne guérissent ton cœur du remords qui l’obsède
Ainsi tu survivras… Mais toi mort, on dira :
il a cru juger Dieu, mais Dieu le jugera23.

PILATE, à part.

Un combat terrifiant dans mon âme se livre :
ou mourir avec lui, ou malgré lui survivre.
(après une ultime réflexion)
Une chose est certaine : il en sait trop sur moi,
ce qui pourrait conduire à étouffer sa voix 24.
(il lève le bas, une sonnerie de trompette retentit et les assistants de la scène IX reprennent place sur la scène)

SCENE XI :

les mêmes, fonctionnaires et soldats romains, manifestants Juifs (dans la salle) ; un moment, Caïphe.

(le mouvement de cette scène reproduit, en l’aggravant, celui de la scène IX)

PILATE, avec une lassitude visible.

Après cet entretien, son innocence éclate.
Je dois donc libérer Jésus en toute hâte
de peur que pour la Pâque, un sang ne soit versé
dont l’opprobre à jamais ne puisse être effacé.
(les clameurs : « A mort! », « Crucifie-le ! » recommencent à s’élever. Caïphe monte à nouveau à l’assaut)

CAÏPHE

La Pâque est notre affaire, et celui qui la trouble
est celui dont le zèle obstinément redouble
à ne pas envoyer tout de suite à la mort
l’homme dont le Conseil a décidé du sort.
L’empereur apprendra que cette réticence,
qui met Jérusalem en folle effervescence,
menace la concorde et le protectorat,
exposant la Judée aux coups des scélérats.
(les cris de mort s’intensifient)

PILATE, à part.

César, à qui complaire est toute mon étude,
pourrait, en ce procès, flétrir mon attitude !
Le crédit de Caïphe à Rome est-il si grand ?
Mais le mien suffit-il à préserver mon rang ?
(aux Juifs)
Puisqu’il en est ainsi, saisissez votre proie.
Mais dans cet attentat, mon bras ne se dévoie.
(Il plonge ses mains dans la cuve à ablutions et les brandit devant le public)
Une dernière fois, Jésus est innocent.
Les deux mains que voici sont propres de son sang !

LES MANIFESTANTS

Qu’il retombe sur nous, sur nos fils et nos femmes,
pour sept générations ! Mets en croix cet infâme !

PILATE

N’est-il pas votre roi ?

CAÏPHE

César est notre roi.
Nous le reconnaissons, respectez notre Foi.
(avec des gestes d’automate, Pilate se pare des insignes de sa dignité. Un buccinateur lance un appel lugubre)

PILATE, solennel et mécanique.

Vingtième année, ici, du règne de Tibère,
Pâque : le Sanhédrin dans la nuit délibère
et conclut que Jésus doit être exécuté
car il s’est investi de la divinité
et fait le roi des Juifs au mépris de l’empire.
Moi, Pilate, entendu ce qu’il avait à dire,
confirme que les faits qui lui sont reprochés
lui valent à la croix d’être enfin accroché25.
(silence de mort. Les soldats s’emparent du Christ)

SCENE XII :

Ponce Pilate, Caecilia.

(changement de décor. Cette scène a lieu dans celui des scènes I à VII. Au lever de rideau, Pilate, chancelant, revient de la tribune où il a prononcé son arrêt. Entre Caecilia)

CAECILIA

Seigneur, pardonnez-moi. La sentence rendue
provoque le départ d’une épouse éperdue.
(restituant à Pilate le gage confié à Claudia Procula à la scèneI)
Reprenez cet anneau dont elle avait pensé
que le doux souvenir pût vous influencer.

PILATE

Par où a-t-elle fui ? Retiens-la, je l’exige,
ou quitte ce palais que la douleur afflige !

CAECILIA

Il n’est plus temps seigneur : brûlant de réparer
la part que son échec a prise à cet arrêt,
elle a choisi de vivre au milieu des fidèles
de ce Nazaréen, leur chef et leur modèle26.

PILATE

Mais ils seront proscrits de l’empire romain !

CAECILIA

Elle espère un Sauveur pour tout le genre humain.
(Pilate se dirige, à grand’peine, vers l’autel païen)

PILATE

Vous qui m’abandonnez, dieux et mânes de Rome,
n’attentez pas aux jours du plus triste des hommes !
(il s’effondre, brisé)

 

 

 

(A suivre)

(14) Jn XVIII, 33 à 38a
(15) Barabbas avait commis un meurtre dans une émeute (Lc. XXIII, 19; Mc. XV,7) « exercé la magie, eventré des femmes enceintes et s’était rendu coupable de bien d’autres crimes que j’ai oubliés » (ACE, XXI). C' »était un brigand » (Jn. XVIII,40).
(16) « En ce jour, Hérode et Pilate devinrent amis l’un de l’autre ; car auparavant, ils étaient ennemis » (Lc XXIII,12)
(17) C’est encore la conviction du judaïsme actuel, malgré l’arrêt des prophéties et la dispersion des Juifs pendant plus de 1.800 ans. Mais du temps de Jésus, la secte des Hérodiens voyait le Messie dans Hérode le Grand, voire dans ses descendants ou les empereurs romains (MG, « Les Hérodiens », IX et X).
(18) Selon Mgr Gaume, Pilate, comme la foule, déduisit de la préférence donnée à Barabbas sur Jésus que celui-ci était désormais justiciable du même supplice que ce criminel, alors que son « blasphème » ne l’exposait qu’à la lapidation, jugée moins infâmante (MG, « Pilate », XXII et XXIII). Cette condamnation permettait, par ailleurs, que le Christ subît sa peine entre les deux larrons.
(19) Jn. XIX, 11. Tout en reconnaissant le pouvoir sur lui que lui donne l’exequatur, Jésus annonce ainsi à Pilate qu’il va pécher en mésusant, moins gravement certes que Caïphe qui a contribué à sa condamnation à mort.
(20) « Metellus » et « Strator » sont des personnages fictifs, mais, d’après Anne-Catherine Emmerich (ACE, XXIV et XXV), Jésus fit voir à Pilate « la vérité et l’état effrayant de son âme » et lui révéla « ses crimes les plus secrets ».
(21) ALLUSION AU RHÔNE, qui baigne le site d’EXIL DE vienne, en Gaule (cf., sur ce point, note 58).
(22) ALlusion au lac suisse des Quatre-Cantons, dominé par le mont Pilate, qui doit peut-être son nom, plutôt qu’à un exil non attesté, aux légionnaires des régions alpines qui servaient alors à Jérusalem (ACE, XIX).
(23) Jésus prédit à PIlate « le sort qui l’attendait et sa fin misérable dans l’exil ; il ajouta que le Fils de l’homme viendrait un jour prononcer sur lui un juste jugement »(ACE, XXIV).
(24) Pilate « se dit en lui-même » : « S’il meurt, ce qu’il sait sur mon compte et ce qu’il me prédit sera enseveli avec lui dans le tombeau » (ACE, XXV).
(25) D’après un vieil historien, Adricome, la sentence orale aurait été la suivante : « Jésus de Nazareth, perturbateur du peuple, contempteur de césar et faux messie, comme il a été prouvé par le témoignage des anciens de sa nation, sera conduit au lieu ordinaire du supplice et, par dérision de sa majesté royale, crucifié entre deux voleurs. Va, licteur, prépare les croix » (MG, « Pilate », XXXI). Anne-Catherine Emmerich donne, en substance, une version similaire (CE, XV).
(26) Selon Anne-CAtherine Emmerich, les amis de Jésus cachèrent Claudia dans un souterrain sous la maison de Lazare, à Jérusalem (ACE, XXV). Sur son destin, cf. note 57.

 

Image Pixabay Jules César

 

Le pouvoir et la vérité


LISTE DES PERSONNAGES

06/11/2018

PONCE PILATE, gouverneur (1) de Judée.
PUBLIUS, son secrétaire.
CLAUDIA PROCULA, épouse de Pilate.
CECILIA,  sa suivante.
ABENADAR, officier romain(2).
CASSIUS, officier romain(3).
LICTEURS, BUCCINATEURS, SOLDATS ROMAINS.

 

HERODE (ANTIPAS), tétrarque de Galilée.
CAÏPHE, grand prêtre du Temple de Jérusalem, membre « majoritaire » du Sanhédrin ou Grand Conseil Juif.
JOSEPH D’ARIMATHIE, membre « minoritaire » du Sanhédrin.
NICODEME, membre « minoritaire » du Sanhédrin.
BARABBAS, brigand.
GARDES ET MANIFESTANTS JUIFS.

 

LE SEIGNEUR JESUS-CHRIST(4).
MARIE, sa mère.
PIERRE, chef des apôtres.
JEAN, apôtre.
LAZARE , disciple de Jésus.
(MARIE) MADELEINE, sa sœur(5).
LA VOIX D’UN AGE.

(à Jérusalem, le jour et le surlendemain de la Pâque juive, puis une cinquantaine de jours après, au palais de Pilate).

(1) La plupart des historiens ne lui donnent que le titre de « procurateur », ce qui équivaut à « chargé de mission » auprès du gouverneur de Syrie.
(2) D’origine arabe, cet officier sera baptisé sous le nom de Crésiphon.
(3) Cet officier sera baptisé sous le nom de Longin.
(4) L’acteur investi de ce rôle doit se souvenir que Notre Seigneur Jésus-Christ était à la fois Dieu et homme, totalement et indissolublement. Il doit éviter simultanément tout misérabilisme et toute insensibilité. La haute figure qui se dégage du Saint Suaire de Turin lui servira de référence.
(5) Alain Didier a adopté ici la position traditionnelle qui fait de Madeleine la plus jeune sœur de Lazare.

 

PROLOGUE

(le vendredi de la Pâque juive, à l’aube, dans les appartements de Claudia Procula)

SCENE UNIQUE : Claudia Procula, Caecilia.

(très agitée, l’épouse du gouverneur de Judée est en proie à un trouble profond)

 

CLAUDIA

Nos dieux, nous le savons, nous parlent par des songes.
Apprends, donc, Caecilia, quelle angoisse me ronge.
Juge si mon époux, que je n’ose affronter,
ne se moquera pas de ma crédulité.

 

CAECILIA

Romain tout comme vous, Pilate vous adore
et chassera bientôt l’effroi qui vous dévore.

(Claudia court à la fenêtre, par laquelle filtre une lumière blafarde).

CLAUDIA
Jérusalem s’éveille …

(en revenant)

Hélas : le croira-t-il ?
sa vie et son honneur sont ensemble en péril.
Et la Pâque des Juifs ne sera point passée
qu’il n’ait vu contre lui cette nation dressée :

CAECILIA

Une révolte, encor ? Mais qui la conduirait ?
L’élite d’Israël penche à collaborer.
Hérode hait Pilate ? Il craint l’aigle romaine
et préfère sa place aux entreprises vaines.
L’orgueilleux Sanhédrin lui-même hésitera
à rejeter soudain notre protectorat.

CLAUDIA

J’ai gardé de la nuit l’image d’une foule
déferlant au prétoire, abominable boule,
exigeant de Pilate, avec d’horribles cris,
le châtiment d’un Juste …

(tumulte à l’extérieur)

Ecoute ! Qu’est ce bruit ?

(les deux femmes, comme paralysées, tendent l’oreille : on distingue des sons métalliques et des injures confuses)

Mon songe me reprend : Dis-moi ce qui se passe :
j’ai peine à contempler le destin face à face.
(Caecilia se précipite vers l’ouverture).

CAECILIA

On amène un captif, enchaîné lourdement.
Sa contenance est fière, et son visage en sang.
Oh ! comme il doit souffrir : La soldatesque juive
s’acharne contre lui, crachats et coups se suivent …
Le grand prêtre Caïphe à son tour apparaît :
va-t-il calmer ses gens, ou se déshonorer ?

CLAUDIA

Mais lui, ce prisonnier que leur fureur accable,
peux-tu le reconnaître ?

CAECILIA, après un temps d’intense observation.

Il est méconnaissable !

CLAUDIA, s’étant décidée à la rejoindre.

Jésus de Nazareth, ainsi qu’il a parlé,
par cette nuit funeste, à mon esprit troublé !

(se détournant)

Ne sais-tu rien de lui ?

CAECILIA

Il est de ces prophètes
que s’invente Israël au creux de ses défaites,
orateur sans égal, expert en guérisons
dont le peuple se grise et s’émeut la raison.
Une chose lui manque : une haute naissance
qui pourrait convertir son prestige en puissance.
Mais fils d’un charpentier, pire : Galiléen :
il ne draine après lui que des hommes de rien.

CLAUDIA

Tu ne sais rien de lui. Bethléem l’a vu naître,
il descend de David et du monde est le maître !
Si mon songe dit vrai, il est l’élu d’un Dieu
tout à la fois terrible et miséricordieux.

CAECILIA

Madame, en vérité, l’égarement vous guette.
Voulez-vous que Pilate à vos propos s’arrête ?
Il faudra lui prouver que la divinité
souffre pour son élu pareille indignité !

CLAUDIA

Mais ce n’est rien encor. Les Juifs nous le confient
pour que Pilate juge, et qu’il le crucifie !
Dans un piège effroyable ils plongent notre main.
S’ils gagnent, c’en est fait de l’empire romain !

CAECILIA

Votre vision fut-elle à ce point formidable
que votre esprit s’abaisse à ces navrantes fables ?
Ce serait vous trahir que vous laisser penser
que Pilate pût croire à ce rêve insensé.

CLAUDIA

J’en ai vu davantage et m’attache, au contraire,
à n’évoquer ici que le plus ordinaire.
Mais me taire serait trahir le gouverneur,
représentant de Rome, auteur de mon bonheur,
auquel un nœud sacré depuis vingt ans me lie
et qui seul a pouvoir de trancher une vie !
S’il ne soustrait Jésus à ses persécuteurs,
tout est à redouter. Que me quitte la peur
et que Dieu, dont le sort de l’élu m’épouvante,
convainque mon époux par ma bouche tremblante.

Acte I – scène I et II

ACTE I

« PASSUS … »

(le matin du même vendredi, entre six et dix heures. Scènes I à VII et XII : dans une salle ouvrant sur la terrasse d’où Pilate prononce ses arrêts. Scènes VIII à XI : sur celle-ci) 

SCENE I : Claudia Procula, Ponce Pilate5.

CLAUDIA, entrant.

Pilate, écoutez-moi !

PILATE

Hélas : je ne le puis :
le grand prêtre des Juifs attend d’être introduit.
Il m’amène Jésus, prophète et thaumaturge.
La Pâque se prépare, et la décision urge.

CLAUDIA

Si j’ose vous troubler, c’est qu’il s’agit de lui,
Jésus de Nazareth, que l’on juge aujourd’hui.

(elle se jette à ses pieds)

On va vous réclamer sa mort et son supplice.
Au nom de notre amour, n’en soyez pas complice !
Ou craignez que le Ciel fasse tomber sur vous
l’insoutenable poids d’un éternel courroux !

PILATE

Relevez-vous, Claudia. Ce marbre aux tristes veines
ne sied point aux genoux d’une épouse romaine.
(il l’aide à s’exécuter)

Ainsi, vous m’implorez pour ce Galiléen ?
Pour vous intéresser, quel mérite est le sien ?
(il va sur la terrasse et en revient)

Sinon d’avoir perdu, tant ce peuple a de rage,
toute figure humaine. Ayez plus de courage !
Sommes-nous plus civils envers nos criminels ?
Leur mort nous vouerait-elle aux tourments éternels ?

CLAUDIA

Hier encore acclamé, livré par une ruse,
cet homme est innocent de ce dont on l’accuse !
Oubliez son aspect, ne bravez pas les Cieux :
son pouvoir est plus grand que celui de nos dieux.

PILATE

Toute louange s’use, à être exagérée.
Dois-je prendre pour guide une femme apeurée ?

CLAUDIA

Ce que je sais de lui, je ne puis le celer,
par un songe me fut cette nuit révélé.

PILATE

Un songe, dites-vous ?

CLAUDIA

… qui de cette journée
fait l’instant capital de notre destinée.
Toute l’histoire juive a déroulé son cours
et prophètes et rois m’ont parlé tout à tour.
Ils désignaient Jésus, ce captif dérisoire,
comme leur grand Messie auréolé de gloire.
Mais je l’ai vu pourtant des Pharisiens haï,
par Judas, l’un des siens, perfidement trahi …
Et voici que devant le prétoire s’amasse
la plus influençable et vile populace.
Il va falloir choisir. Ou bien vous condamnez
le Juste envers lequel ce peuple est déchaîné :
c’est alors qu’Israël, ivre de sa conquête,
s’enhardira peut-être à relever la tête,
tandis qu’un Dieu vengeur sur vous dirigera
la foudre qu’il réserve aux pires scélérats.
Ou bien vous défendez les droits de l’innocence,
vous conciliant ce Dieu qui sauve et récompense,
et rompez  d’un parti le complot ténébreux,
à Rome aussi fatal qu’à l’honneur des Hébreux.

PILATE, sombre.

Votre songe concorde avec nos haruspices :
ce jour à peine éclos n’est pas un jour propice.
(désignant, dans un coin, un autel païen)
J’invoque notre idole et brûle de l’encens.

CLAUDIA

Jésus sur votre seuil ruisselle de son sang !

PILATE, avec gêne.

Je n’en disconviens pas : ce malheureux prophète
n’a jamais de l’empire appelé la défaite ;
et lui qui par son peuple est criblé de horions
n’est pas demeuré sourd au cri du centurion6.
Si Caïphe et les siens l’accusent de blasphème,
requérant contre lui le châtiment suprême,
c’est qu’il est un obstacle à leur domination
et l’emporte sur eux dans la prédication.
Bref, si cet homme est moins que ce que vous en dites,
il a tout d’un loyal et saint Israélite.

CLAUDIA

Eh ! bien, qu’arrêtez-vous ?

PILATE, après réflexion.

Il sera libéré,
comme vous l’exigez, selon notre intérêt.

CLAUDIA

Votre décision prise, en aurai-je le gage ?

PILATE, retirant l’une de ses bagues7.
Acceptez cet anneau. 

(Claudia s’en saisit)

Faites-moi bon visage.
Je triplerai la garde avant de recevoir
le grand prêtre et Jésus. Je connais mon devoir.
(son épouse s’incline et sort. Le gouverneur donne,

A l’extérieur, des ordres brefs à ses officiers.
Un instant après, Abenadar et Cassius introduisent
Caïphe, Jésus et les gardes juifs qui le tiennent enchaîné,

Puis restent sur le seuil).

 

SCENE II :

Ponce Pilate, Caïphe, Notre Seigneur Jésus-Christ, gardes juifs ; sur le seuil, Abenadar et Cassius.

CAÏPHE

Si je risque mes pas, seigneur, dans cette enceinte
interdite à tout Juif selon notre Loi sainte8,
c’est pour que soit tranché, ce jour, avant midi,
le sort de ce Jésus, blasphémateur maudit.
Après, c’est notre Pâque et le grand sacrifice :
tout cède à notre culte, et même la justice.

PILATE, montrant Jésus, avec réprobation.

Vos sacrificateurs sont-ils bien exercés ?
Pour cet homme déjà la Pâque a commencé.
N’attendez pas de moi qu’à son sang je m’abreuve
ni que je le condamne en l’absence de preuve :
l’empire que je sers est un Etat de droit
où l’accusé n’est pas sans défense et sans voix.
Que lui reprochez-vous ?

CAÏPHE

L’aube poignait à peine9
quand nous l’avons jugé sans mépris et sans haine.
Devant le Sanhédrin réuni tout entier,
Jésus de Nazareth, un fils de charpentier !
s’est dit l’élu du Dieu qui créa ciel et terre,
jurant qu’il siégerait à la droite du Père !
Le blasphème est patent.

PILATE, haussant les épaules.
Appliquez votre Loi :
Rome n’arbitre pas ces litiges de Foi.
CAÏPHE

Nous l’avons condamné : la mort est son partage.
Mais son exécution requiert votre suffrage.

PILATE

La mort ! Pour quelques mots que sa bouche lâcha !

CAÏPHE

Pour un pareil blasphème, il n’est pas de rachat.

PILATE

C’est votre religion, la mienne est moins cruelle.
Avant d’en discuter, souffrez qu’on vous rappelle
que si je confirmais vos délibérations,
dix jours devraient courir avant l’exécution10 ;
et que s’il vous manquait l’aval que Rome impose,
il faudrait à Antioche élever cette cause11.

 

CAÏPHE, se justifiant.

Seigneur, depuis toujours, cet homme a blasphémé.
Nous avons des témoins. Sa parole a charmé
une foule nombreuse, et c’est sans indulgence
qu’il convient d’apprécier sa funeste influence.
Son démon est puissant : il a guéri parfois
quelques-uns d’entre nous, abusant de leur foi.

PILATE, avec indignation.

Si vous étiez en proie à un mal incurable,
que n’attendriez-vous d’une main secourable ?
Et si vous receviez d’elle la guérison,
appelleriez-vous crime une bénédiction ?

CAÏPHE, même ton.

N’a-t-il pas déclaré, sans sa triste folie,
qu’en notre éternité, nous n’aurions pas la vie
faute d’avoir mangé sa chair, et bu son sang ?
Cet homme est un coupable, et pas un innocent !

PILATE, avec une lourde ironie.
La menace est sérieuse : il convertit le Temple !
D’appétits forcenés vous me montrez l’exemple :
la soif qui vous altère est celle de son sang
et son corps n’est-il pas labouré de vos dents ?
CAÏPHE, glissant.

La religion n’est pas ce qui vous intéresse.
Apprenez que Jésus contre Rome se dresse :
il anime un parti de Zélotes sans loi
et refuse à César les impôts qu’on lui doit.

PILATE.

Ce sont là des griefs que l’envie échafaude.
Ma police est puissante, elle traque la fraude …
(il s’empare d’un rouleau de parchemin)
… et voici le rapport qui le décrit soucieux
de rendre ses devoirs à César comme à Dieu12.

CAÏPHE

Auriez-vous oublié ? Es-ce en ami de Rome
qu’il est entré tantôt dans la ville où nous sommes,
acclamé d’ »hosannas » …

PILATE

Sur un âne monté,
ne portant sur son front que son humilité 13!

CAÏPHE

Et rêvant cependant de ceindre la couronne
de David, dont le peuple obscur qui l’environne
s’est convaincu qu’il est l’illustre descendant !
Quand le Temple vous livre un pareil prétendant,
sachez mieux distinguer qui vous sert en Judée
et plutôt que de voir vos troupes débordées,
abattez sans faiblir la tête du complot !

PILATE

Vous en avez trop dit, n’ajoutez pas un mot.
Je vais l’interroger, hors de votre présence.
Je vous ai écouté, j’entendrai sa défense.
(il congédie Caïphe et les gardes juifs).

(A suivre)

(5) Selon Anne-Catherine Emmerich (ACE XIX), Claudia n’aurait réussi à approcher Pilate pour lui faire part de ses visions nocturnes qu’après l’envoi du Christ à Hérode, alors que ma scène VI a valeur de dernier avertissement. Celui-ci aurait été donné plus tard au juge romain par un messager de son épouse (Mt.XXVII, 19 ; ACE, XXI et XXIV).
(6) Allusion au centurion de Capharnaüm, dont Jésus avait guéri le serviteur malade.
(7) « Je ne sais si c’était un anneau, un cachet ou un bijou » (ACE, XIX).
(8) En réalité, il ne s’y risqua pas et cette confrontation eut donc lieu à l’extérieur du palais de Pilate (Jn. XVIII, 28 ; ACE, XVII).
(9) Un verdict rendu la nuit aurait été illégal (ACE XIV ; MG, « Anne et Caïphe », X).
(10) Sous la pression de la foule, Pilate violera lui-même ce sénatus-consulte de l’empereur Tibère, rendu 12 ans auparavant (MG, « Pilate », XXI).
(11) Un refus d’exequatur était susceptible d’appel devant le gouverneur de Syrie, dont la capitale romaine était alors Antioche.
(12) « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Lc. XX, 25 ; Mc. XII, 17 ; Mt. XXII, 21).
(13) Cette entrée du Christ à Jérusalem est commémorée sous le nom de fête des Rameaux (Lc.XIX ; Mc. XI ; Mt XXI).

 

Ponce Pilate


 

L’intérêt de ce drame en 3 actes est surtout, semble-t-il, dans la manière dont les rôles sont envisagés :  d’abord une liste des personnages, en évocation dramatique et historique en trois actes, en vers puis un prologue avec le vendredi de la Pâque juive, à l’aube, dans les appartements de Claudia Procula.

Les protagonistes tombent abruptes, rien n’indique leur âge, leur caractère, leur profession, leurs sentiments. Aussi indéterminés que le chevalier des romans de la Table-Ronde qui quitte son château inconnu et part à la recherche d’aventures. Ils ne savent rien de cet homme qui vient d’être arrêté.

Le milieu où ces mortels vivent est au contraire bien précis : Ponce Pilate est le Gouverneur de Judée.

Nous voyageons avec Caïphe, grand prêtre du Temple de Jérusalem, membre « majoritaire » du Sanhédrin, en Galilée.

Alain DIDIER

L’auteur,  juriste est né en 1950. Il est mon cousin et écrit depuis 40 ans pour le théâtre dans la plus pure tradition française de l’alexandrin.

Cet écrivain sera peut être un jour assassiné pour avoir produit cet ouvrage d’allure si innocente.

En explorant sa bibliothèque, on identifie les sources qui ont inspiré le livre magique.

Parmi elles, Alain Didier retrouve trace de l’ancien et du nouveau Testament, de la référence traditionnelle aux évangiles, des visions et révélations d’Anne-Catherine Emmerich sur la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ (Téqui, 1995), religieuse de Westphalie (1774-1824) et aux Biographies évangéliques de Mgr Gaume.

Et le profit qu’en tira Mel Gibson de ces révélations dans son film La Passion du Christ (2004) qui connut un succès mondial.

Puis l’évangile selon Pilate d’Eric-Emmanuel Schmitt qui fut adapté à) la scène, les mémoires de Ponce Pilate d’ANNE Bernet . Au-delà de ces indices d’importance, le voile ne sera pas levé davantage sur le livre, bible non clandestine qui, d’un bout à l’autre comptera autant d’initiés que d’adversaires.

Toute la vie peut s’écouler sans que l’on ne tombe jamais sur le livre aux effets extraordinaires qui bouleverserait notre existence. Certains lecteurs en rêvent comme du Graal ; d’autres, les plus rares, recherchent la perle.

L’auteur du drame en trois actes « PONCE PILATE » est de ceux là. On tombe sous l’empire d’un ouvrage qu’on se met à relire sans cesse, presque à recopier.  Ce livre peut ouvrir les portes d’un double labyrinthe, celui d’un amour non réciproque (est-on croyant ou non, insensible à la passion du Christ ? ) et celui d’un salvateur que le narrateur-auteur sillonnera au cours de son existence dans ses recherches et maintenant encore avec son drame en 3 actes qu’il vient de publier en quête de La vérité.

De ce livre ensorceleur, longtemps on ignorera toute la substance, comme la réalité de notre existence jusqu’à ce que le voile se lève quelque peu : il sera question du jugement de Jésus de Nazareth qu’Alain Didier cherchera dès lors à apercevoir dans sa propre vie, où qu’il aille, en chrétien de conviction.

De ce livre-opium, on découvre un jour l’auteur, un juriste qui pour répondre aux questions qu’il se pose se hisse au sommet de l’art dramatique, comme au  travers d’un rendez-vous théâtral.

Alain Didier répondra toujours aux questions posées :

En prononçant l’arrêt fatal, Pilate a-t-il été un agent conscient du rachat du genre humain ? Là, encore,  Alain Didier dira qu’il ne l’a pas été davantage que Juda s ou que les minoritaires du Sanhédrin quoiqu’échafaude, à leur sujet, Eric-Emmanuël Schmitt. (Lire * en bas). Une fatalité mécanique vient seule justifier l’acte violent et obstiné de ces êtres au lendemain du Sabbat qui se sentent toujours en danger de mort. Le Christ a été assassiné. Le mépris de l’auteur pour toute explication psychologique se comprend alors fort bien. Sa Foi est, bien sûr un don de Dieu auquel il s’est efforcé de correspondre en proposant cette représentation des fondements mêmes du christianisme au travers de son drame en trois actes.

Comment un livre parvient à envoûter, comment les mots exercent un pouvoir tyrannique.  Alain Didier le montre de manière aussi forte que nuancée. Les bouleversements ne seront pas les mêmes selon les lecteurs qui en deviennent les «adeptes» et croient dans le livre et les autres ;  mais en fin de compte, il les conduit tous à la même issue fatale : l’arrestation de Jésus de Nazareth par des soldats, le couronnement d’épines, la condamnation du Christ, inscription INRI, l’assassinat et la résurrection de Jésus.

Relater avec précision ce drame reviendrait à déambuler dans un labyrinthe, à croiser sans cesse les mêmes pensées ainsi que Marie-Madeleine « qui baigna de parfum son cadavre pâli, à l’aube de ce jour, je voulus être sûre qu’il ne manquait de rien » … Alain Didier ranime et exacerbe dans  « Ponce Pilate » des obsessions déjà présentes dans de nombreux ouvrages existants.

A force de traquer un livre qui vous échappe pareil à un vaisseau lointain, inaccessible à tous, étincelant de toutes ses amarres qui s’éloigne du rivage pour se perdre,  Alain Didier, sans le vouloir peut avouer aussi son échec. Pourquoi pas ? Il existe tant de choses qu’on ne sait pas.  Où est la vérité ?

Le labyrinthe l’aura mené très loin ou nulle part sinon à ses propres interrogations mais il se garde bien d’en conclure que la vérité se trouve dans son ouvrage, il laisse son libre-arbitre à  tout un chacun qui le lira.  Un retournement dans les deux sens car il peut aussi vous rétorquer : absence de preuve n’est pas preuve de l’absence.

Où est la vérité de l’au-delà ? Reste la puissance des mots, le pouvoir d’attraction qu’exerce l’écrit, et le style imagé grâce auquel l’auteur-narrateur se met à distance de temps à autre….

Bonne lecture à Vous.

A suivre

 

(*) graal ou Saint-Graal : vase sacré qui, selon la légende servit à la Cène, et qui recueillit le sang du Christ.

(*) Cet auteur reprend la thèse gnostique dite de « l’Evangile de Judas » faisant de celui-ci le plus fidèle disciple du Christ, à la fois assez intelligent pour entrer dans la dynamique réparatrice et assez discipliné pour livrer son maître son ordre. Quant aux seconds, il les associe au vote de mort du Sanhédrin, eux seuls ayant compris ce qui allait s’ensuivre.

 

Voyage en Egypte à Louxor et au Caire


Karnak

Karnak

Grand temple de Karnak à 6 heures du matin, l’un des quatre grands prêtres du dieu Amon se purifie dans la maison du matin. Accompagné de quelques initiés il prend l’encensoir, s’avance lentement vers le sanctuaire situé tout au fond du temple en traversant la grande cour et l’immense salle aux 134 colonnes de 23 mètres de haut pour arriver devant les portes du sanctuaire qui contient la statue en bois doré du dieu Amon.

Tout au long de son parcours il fait des purifications avec les parfums d’essences de pin et de cèdre. Au nom du Pharaon, il brise le sceau d’argile du sanctuaire, tire le verrou et ouvre les deux battants, faisant apparaître Amon lui-même. Il se prosterne, répand ses essences sur la statue et prononce des incantations. Il donne ensuite vie au Dieu en lui présentant l’œil d’Horus, frère d’Osiris, symbolisant la connaissance et une statuette de la fille de Ré, la déesse Vérité. Le dieu Amon est ensuite tiré dans la cour du sanctuaire pour y subir la divine toilette.

On le déshabille, on le lave, on l’encense, on le rhabille, on le parfume et on le replace dans le sanctuaire avec un repas complet. Chaque matin la même cérémonie se reproduit. Le grand prêtre referme le sanctuaire, pousse le verrou et scelle à nouveau les portes. Il se retire à reculons en effaçant symboliquement la trace de ses propres pas.

DIAPORAMA

Luxor et Le Caire, début 2009

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Nous étions à Louxor, près de Karnak, et nous sommes arrêtés dans cette ville d’environ 30 000 habitants, construite sur les ruines de l’ancienne Thèbes qui fut l’une des cités les plus importantes d’Égypte. A peine éloignée de notre hôtel, nous fûmes sidérés par le spectacle qui s’offrait à nous. Vous voyez Louxor et Louxor vous monte à la tête. C’est un vertige. Des felouques voguent sur les champs verdoyants, de trèfles, des calèches sillonnent des déserts roses, il y a des temples au fond du Nil et leurs colonnes s’élèvent à fleur d’eau, les fellahs ont de l’or dans les cheveux, ce sont les fagots de canne à sucre qu’ils transportent sur leur tête. On parle arabe, anglais, allemand, russe ou français.

Des mains : « backchich, backchich », des visages : « un guide ? bagages ? hôtels ? souvenirs ? » vous accrochent, vous harcèlent. Ici, nous sommes tous des princes. L’art, l’architecture, la pierre y sont à leur paroxysme. Ice, pendant plus de 500 ans (de 1580 à 1085 avant J.-C.), les Pharaons se sont succédé, dans une délirante surenchère, à la construction d’édifices grandioses. Durant cette époque, nous conte Homère, la « Thèbes aux cent portes » comptait un million d’habitants. C’est le royaume de la folie des grandeurs et celle-ci vous transporte d’une manière prodigieuse.

Enfin, une rencontre impossible à ignorer, celle de l’histoire copte avec l’Histoire sainte.

Au musée Copte du Vieux Caire, au monastère d’Assiout, dans de nombreuses églises, une volumineuse iconographie retrace la vie de Jésus. Car c’est sur la terre des Pharaons qu’eut lieu cet évènement que n’ignore aucun chrétien : la fuite en Égypte de Joseph et de Marie sauvant Jésus des soldats du cruel Hérode. Combien de temps dura le séjour de la Sainte Famille en Égypte ? Entre un an et sept ans selon les sources. Les traces miraculeuses de son voyage à travers l’Egypte montrent cependant que Jésus voyagea au moins durant 3 années sur les rives du Nil.

Entrée en Egypte par la route qui traverse le Sinaï, la Sainte Famille marque de nombreuses étapes autour du Delta, puis remonte le Nil en bateau jusqu’en Haute Égypte sur les lieux de l’actuel Assouan, où fut fondé le fameux monastère d’Al Muharraq dédié à la Sainte Vierge. C’est à ce point du voyage qu’un ange apparaît en rêve à Joseph lui annonçant la mort d’Hérode et que par conséquent son retour en Palestine ne présente plus aucun danger.

Les textes et les icônes coptes font de ce voyage une sorte d’épopée pleine d’évènements merveilleux. Pour n’en citer que trois, le premier s’intitule « l’Arbre de Marie ». Cet arbre était dans la localité de Balbeis et offrait son ombre généreuse aux voyageurs fatigués. La Sainte Famille vint un jour s’y reposer. Ce qui pour un arbre est un insigne honneur. L’histoire en serait restée là si, des siècles et des siècles plus tard, les soldats de Napoléon, passant par là, n’eurent l’idée d’abattre l’arbre. Au premier coup de hache, l’écorce saigna comme blessure humaine. Ce qui refroidit instantanément l’ardeur des vandales.

Le deuxième : « le Balsame sacré ». Non loin du Nil, sur la rive est, un village appelé aujourd’hui Matarieh. En cet endroit naquit un ruisseau pour accueillir la Sainte Famille. Jésus y étanche sa soif, Marie y lave les vêtements. Là où elle jette l’eau de sa « lessive », sur le sol aride pousse aussitôt cette plante odoriférante, le balsame qui sera depuis lors l’un des ingrédients sacrés de l’huile servant aux différentes onctions rituelles dont celle du baptême.

Enfin, « l’Empreinte sur la montagne ». Cet épisode se situe alors que la Saint Famille remonte le Nil. Le bateau croise alors à hauteur du Gehel El taïr quand un pan de la montagne se détache et menace d’écraser les navigateurs. A ce moment Jésus intervient et de sa main repousse l’énorme rocher où il laisse l’empreinte de sa paume.

 

Avec une croix ou avec un croissant, Égypte est terre des miracles

Les « felouques » sont de fameux bateaux. Transporteurs toutes catégories : passagers, marchandises, animaux. Pour peu qu’il y ait de l’eau, ils passent grâce à leur fond plat, comme ici sur un canal d’irrigation qui fait office de « départementale ».

Le 5 février 2004, selon Alain Rey, d’après un sondage, il s’est avéré qu’on avait trop parlé de voile. Nous n’en sommes pas si sûrs. Il arrive que les mots cachent les choses, au lieu de les révéler. A contrario, le voile, qui est fait pour cacher, révèle. Des voiles, il y en existe beaucoup et sous tant de formes : en quelques années, selon l’actualité, on a parlé en français de tchador et de tchadri, mots persans, de hijab, mot arabe, de burqa. Sans oublier le mot français : foulard.

C’est le velum latin qui a produit le mot français voile. Car velum c’était surtout une tenture, un tissu servant de rideau. Le voile, comme la voile des vieux gréements et de la plaisance, descendent, par le latin, d’une racine indo-européenne très ancienne, weg, « tisser ».

Les religions ont des pouvoirs : dès qu’on parle de voile, en français, c’était au XIIe siècle, on désigne celui des religieuses. Cacher les cheveux, cacher en partie le visage, cacher non seulement la peau mais les formes du corps, c’est l’une des fonctions du voile. Comme l’idéologie des civilisations traditionnelles, reflétant les intérêts masculins, est toujours très active, le voile de tête et de corps a toujours concerné les femmes. Si le voile est visible, il est fait pour rendre invisible une partie de l’espèce humaine, avec tous les effets que cette inégalité produit.

Cacher, couvrir, dissimuler, masquer le réel, c’est très poétique au figuré, ça l’est moins quand on efface la chevelure, l’expression du visage qu’arbore sans complexe la gent masculine. Il y a bien des voiles pour hommes, mais justement le litham des Touaregs ne pose pas de problème à la laïcité.

Ce principe républicain ne cherche pas à voiler ni à chasser les convictions religieuses, mais à établir une neutralité et un respect réciproques. La querelle du visible, de l’extensible et de l’ostentatoire n’est pas une querelle religieuse. Faire voir, montrer ou étaler les signes d’une appartenance communautaire, voire politique, c’est vraiment autre chose que de forcer les femmes à se cacher. Cela dit, si elles tiennent à rester voilées Alain Rey pense que le seul remède est la pédagogie et, justement l’école. Faire passer le voile féminin pour l’affirmation de la fierté d’être musulmane, et non pour un signe antirépublicain et antiféministe, est une manœuvre politique dans le style du professeur Tarik Ramadan.

Le voile cache, c’est son but premier et pas que des cheveux; il cache les droits de la femme qui font partie des droits de l’homme et qui les garantissent. « Le goût des mots ».

La vierge noire : iconographie et origines


Les Vierges noires sont des statues de la Vierge Marie du Moyen Âge, véritables rencontres avec la divinité. La plus célèbre est Notre Dame de Rocamadour. Mais, le problème des origines, c’est le nombre considérable de pourquoi ? Comment venir prier la Vierge, en pèlerinage, dans un site aussi sauvage, loin de tous les centres habités ?

Il n’existe aucune certitude historique sur les origines. Pourquoi une Vierge noire ? La survivance d’un symbolisme chrétien exigeant la couleur noire ? Dans Rocamadour, est « roca », une hauteur féodale, à l’époque, fortifiée, etc., ou bien faut-il attribuer la légende historique médiévale à l’Amadour du Roc ? Nous ne savons rien, avant le XIIe siècle, de Rocamadour. Les métamorphoses Dans la chapelle, même si beaucoup d’éléments spirituels de la symbolique des Vierges romanes restent inconnus, cette coloration noire se contemple encore. Celle qui a accueilli huit siècles d’espérances, soucis, douleurs des femmes et hommes venus prier à Rocamadour. Une pénombre fumeuse. La chapelle ne possède plus, depuis l’agrandissement du XIXe siècle, que deux murs : le méridional et mur du chevet à l’est. Précisions utiles pour l’iconographe, elles aident à mieux prendre conscience de l’exiguïté des lieux dans lesquels, des heures et des heures, les pèlerins levaient les yeux vers la statue que la lueur vacillante des cierges faisait scintiller.

La Vierge est noire, mais belle

Notre Dame, au-dessus de l’autel, n’a plus l’allure énigmatique ni l’expression mystérieuse des Vierges romanes décorées. Elle a souffert des injures du temps, de l’histoire, mais conserve un discret sourire d’une indicible bonté que ne parviennent à atténuer la rudesse des traits, l’hiératisme brutal de l’attitude.

L’enfant Dieu

La Vierge fût conçue de majesté divine et vous voyez un enfant à des allures de vieillard. Elle a été taillée par un artiste au XIIe siècle dans un bloc de bois très dur. Il a sculpté l’enfant qui trône sur son genou gauche dans un autre morceau de bois. Le siège est comme un reliquaire, un trou, à la base en alvéole. Revêtu de minces feuilles d’argent, l’enfant devait tenir un sceptre. Et des couronnes dorées récentes sont un ersatz à celles qu’avait offertes le pape, Pie IX en 1853.

Les ocres du couchant

Le soleil va se coucher, derrière les plissements sombres des Causses, par-dessus la vallée de la Dordogne. Elle va passer. Tenez-vous sur la montagne. Saurez-vous vraiment l’entendre ?

 

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