Voyage en Egypte à Louxor et au Caire

Karnak

Karnak

Grand temple de Karnak à 6 heures du matin, l’un des quatre grands prêtres du dieu Amon se purifie dans la maison du matin. Accompagné de quelques initiés il prend l’encensoir, s’avance lentement vers le sanctuaire situé tout au fond du temple en traversant la grande cour et l’immense salle aux 134 colonnes de 23 mètres de haut pour arriver devant les portes du sanctuaire qui contient la statue en bois doré du dieu Amon.

Tout au long de son parcours il fait des purifications avec les parfums d’essences de pin et de cèdre. Au nom du Pharaon, il brise le sceau d’argile du sanctuaire, tire le verrou et ouvre les deux battants, faisant apparaître Amon lui-même. Il se prosterne, répand ses essences sur la statue et prononce des incantations. Il donne ensuite vie au Dieu en lui présentant l’œil d’Horus, frère d’Osiris, symbolisant la connaissance et une statuette de la fille de Ré, la déesse Vérité. Le dieu Amon est ensuite tiré dans la cour du sanctuaire pour y subir la divine toilette.

On le déshabille, on le lave, on l’encense, on le rhabille, on le parfume et on le replace dans le sanctuaire avec un repas complet. Chaque matin la même cérémonie se reproduit. Le grand prêtre referme le sanctuaire, pousse le verrou et scelle à nouveau les portes. Il se retire à reculons en effaçant symboliquement la trace de ses propres pas.

DIAPORAMA

Luxor et Le Caire, début 2009

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Nous étions à Louxor, près de Karnak, et nous sommes arrêtés dans cette ville d’environ 30 000 habitants, construite sur les ruines de l’ancienne Thèbes qui fut l’une des cités les plus importantes d’Égypte. A peine éloignée de notre hôtel, nous fûmes sidérés par le spectacle qui s’offrait à nous. Vous voyez Louxor et Louxor vous monte à la tête. C’est un vertige. Des felouques voguent sur les champs verdoyants, de trèfles, des calèches sillonnent des déserts roses, il y a des temples au fond du Nil et leurs colonnes s’élèvent à fleur d’eau, les fellahs ont de l’or dans les cheveux, ce sont les fagots de canne à sucre qu’ils transportent sur leur tête. On parle arabe, anglais, allemand, russe ou français.

Des mains : « backchich, backchich », des visages : « un guide ? bagages ? hôtels ? souvenirs ? » vous accrochent, vous harcèlent. Ici, nous sommes tous des princes. L’art, l’architecture, la pierre y sont à leur paroxysme. Ice, pendant plus de 500 ans (de 1580 à 1085 avant J.-C.), les Pharaons se sont succédé, dans une délirante surenchère, à la construction d’édifices grandioses. Durant cette époque, nous conte Homère, la « Thèbes aux cent portes » comptait un million d’habitants. C’est le royaume de la folie des grandeurs et celle-ci vous transporte d’une manière prodigieuse.

Enfin, une rencontre impossible à ignorer, celle de l’histoire copte avec l’Histoire sainte.

Au musée Copte du Vieux Caire, au monastère d’Assiout, dans de nombreuses églises, une volumineuse iconographie retrace la vie de Jésus. Car c’est sur la terre des Pharaons qu’eut lieu cet évènement que n’ignore aucun chrétien : la fuite en Égypte de Joseph et de Marie sauvant Jésus des soldats du cruel Hérode. Combien de temps dura le séjour de la Sainte Famille en Égypte ? Entre un an et sept ans selon les sources. Les traces miraculeuses de son voyage à travers l’Egypte montrent cependant que Jésus voyagea au moins durant 3 années sur les rives du Nil.

Entrée en Egypte par la route qui traverse le Sinaï, la Sainte Famille marque de nombreuses étapes autour du Delta, puis remonte le Nil en bateau jusqu’en Haute Égypte sur les lieux de l’actuel Assouan, où fut fondé le fameux monastère d’Al Muharraq dédié à la Sainte Vierge. C’est à ce point du voyage qu’un ange apparaît en rêve à Joseph lui annonçant la mort d’Hérode et que par conséquent son retour en Palestine ne présente plus aucun danger.

Les textes et les icônes coptes font de ce voyage une sorte d’épopée pleine d’évènements merveilleux. Pour n’en citer que trois, le premier s’intitule « l’Arbre de Marie ». Cet arbre était dans la localité de Balbeis et offrait son ombre généreuse aux voyageurs fatigués. La Sainte Famille vint un jour s’y reposer. Ce qui pour un arbre est un insigne honneur. L’histoire en serait restée là si, des siècles et des siècles plus tard, les soldats de Napoléon, passant par là, n’eurent l’idée d’abattre l’arbre. Au premier coup de hache, l’écorce saigna comme blessure humaine. Ce qui refroidit instantanément l’ardeur des vandales.

Le deuxième : « le Balsame sacré ». Non loin du Nil, sur la rive est, un village appelé aujourd’hui Matarieh. En cet endroit naquit un ruisseau pour accueillir la Sainte Famille. Jésus y étanche sa soif, Marie y lave les vêtements. Là où elle jette l’eau de sa « lessive », sur le sol aride pousse aussitôt cette plante odoriférante, le balsame qui sera depuis lors l’un des ingrédients sacrés de l’huile servant aux différentes onctions rituelles dont celle du baptême.

Enfin, « l’Empreinte sur la montagne ». Cet épisode se situe alors que la Saint Famille remonte le Nil. Le bateau croise alors à hauteur du Gehel El taïr quand un pan de la montagne se détache et menace d’écraser les navigateurs. A ce moment Jésus intervient et de sa main repousse l’énorme rocher où il laisse l’empreinte de sa paume.

 

Avec une croix ou avec un croissant, Égypte est terre des miracles

Les « felouques » sont de fameux bateaux. Transporteurs toutes catégories : passagers, marchandises, animaux. Pour peu qu’il y ait de l’eau, ils passent grâce à leur fond plat, comme ici sur un canal d’irrigation qui fait office de « départementale ».

Le 5 février 2004, selon Alain Rey, d’après un sondage, il s’est avéré qu’on avait trop parlé de voile. Nous n’en sommes pas si sûrs. Il arrive que les mots cachent les choses, au lieu de les révéler. A contrario, le voile, qui est fait pour cacher, révèle. Des voiles, il y en existe beaucoup et sous tant de formes : en quelques années, selon l’actualité, on a parlé en français de tchador et de tchadri, mots persans, de hijab, mot arabe, de burqa. Sans oublier le mot français : foulard.

C’est le velum latin qui a produit le mot français voile. Car velum c’était surtout une tenture, un tissu servant de rideau. Le voile, comme la voile des vieux gréements et de la plaisance, descendent, par le latin, d’une racine indo-européenne très ancienne, weg, « tisser ».

Les religions ont des pouvoirs : dès qu’on parle de voile, en français, c’était au XIIe siècle, on désigne celui des religieuses. Cacher les cheveux, cacher en partie le visage, cacher non seulement la peau mais les formes du corps, c’est l’une des fonctions du voile. Comme l’idéologie des civilisations traditionnelles, reflétant les intérêts masculins, est toujours très active, le voile de tête et de corps a toujours concerné les femmes. Si le voile est visible, il est fait pour rendre invisible une partie de l’espèce humaine, avec tous les effets que cette inégalité produit.

Cacher, couvrir, dissimuler, masquer le réel, c’est très poétique au figuré, ça l’est moins quand on efface la chevelure, l’expression du visage qu’arbore sans complexe la gent masculine. Il y a bien des voiles pour hommes, mais justement le litham des Touaregs ne pose pas de problème à la laïcité.

Ce principe républicain ne cherche pas à voiler ni à chasser les convictions religieuses, mais à établir une neutralité et un respect réciproques. La querelle du visible, de l’extensible et de l’ostentatoire n’est pas une querelle religieuse. Faire voir, montrer ou étaler les signes d’une appartenance communautaire, voire politique, c’est vraiment autre chose que de forcer les femmes à se cacher. Cela dit, si elles tiennent à rester voilées Alain Rey pense que le seul remède est la pédagogie et, justement l’école. Faire passer le voile féminin pour l’affirmation de la fierté d’être musulmane, et non pour un signe antirépublicain et antiféministe, est une manœuvre politique dans le style du professeur Tarik Ramadan.

Le voile cache, c’est son but premier et pas que des cheveux; il cache les droits de la femme qui font partie des droits de l’homme et qui les garantissent. « Le goût des mots ».

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